
André Raboud
André Raboud est de cette trempe-là d’artistes. Nous le connaissons au-delà des frontières pour ses pierres sculptées dans le marbre blanc, la lave rousse, la serpentine verte ou le granit noir, qui toutes renferment en leur coeur la sagesse des mondes que ce voyageur infatigable est allé chercher par-delà les mers et dont il nous restitue la beauté, le génie et la force. A Tobago, au Guatemala, en Amazonie, en Inde, ou encore au Japon ; parcourant la forêt, remontant les fleuves, empruntant quelque sente encore vierge de toute empreinte, vivant à la dure, André Raboud s’en est allé à la rencontre des civilisations méconnues, oubliées ou perdues dont il a serti le secret et le sacré dans la pierre. Des totems et des stèles, des temples et des « Portes entre ciel et terre » ou « Entre ciel et mer », devant lesquels se recueillir et méditer ; la « Tour du silence » des Parsis de l’Inde, le souvenir du site de Tikal au Guatemala, avec ses « Tours du Jaguar et du Sacrifice » ; « Onibaba » et ses masques à cornes que des tueuses japonaises volent aux guerriers embourbés dans les pièges qu’elles leur ont tendus ; ou encore, au sortir du Mémorial de la Paix d’Hiroshima, « L’homme qui crie », paré de cette lave incandescente et brûlante dont est faite l’Histoire.
André Raboud est de cette trempe-là d’artistes, ai-je dit. Ses pierres, véritables condensateurs d’énergie, recèlent en leur forme la totalité d’une expérience ou d’une histoire vécues, dont elles extraient ce qu’il y a en elles de plus profond et de plus précieux. Et comme pour Paul Klee, et comme pour René Gruau, l’art de la litote, l’aisance avec laquelle il circonscrit le monde d’une simple arabesque sont partout présentes. Ainsi, la lame acérée d’une vague, taillée dans le granit d’Inde, célèbre aussi bien la beauté infinie de la mer qu’elle en stigmatise le terrifiant pouvoir létal.
André Raboud est de cette trempe-là, répété-je. Et ce qu’il donne à voir aujourd’hui, aux dilettantes, comme la matrice de l’art, ce sont des épures, des épures appelées ou non à se faire pierres. Il le dit lui-même : « Mes encres, tracées au pinceau japonais, sont en effet des esquisses préparatoires en vue d’une réalisation sculpturale à venir. » Surtout, « c’est la première fois que je les expose. » Prenons alors la peine de savourer ces épures qui sont la préhistoire de la pierre, ces épures fascinantes, aériennes et légères qui suggèrent plutôt qu’elles ne délimitent, où, partout, l’envolée du pinceau est jubilatoire, c’est un pas de danse, une arabesque, une initiation au coeur de la confondante et merveilleuse simplicité.
J’ai dit.
Discours de Christophe Flubacher historien d’art, lors du vernissage d’André Raboud, le 13 juin 2025 à la galerie les Dilettantes Sion Suisse
André Raboud
André Raboud is one of those artists. We know him beyond our borders for his stones sculpted in white marble, red lava, green serpentine or black granite, all of which contain within their hearts the wisdom of the worlds that this tireless traveler sought across the seas and whose beauty, genius and strength he restores to us. In Tobago, Guatemala, the Amazon, India, or even Japan; roaming the forest, going up rivers, taking some path still untouched by any traces, living the hard way, André Raboud went to meet little-known, forgotten, or lost civilizations whose secrets and sacredness he set in stone. Totems and steles, temples and « Portes entre ciel et terre » or « Entre ciel et mer » before which one can gather and meditate; the « Tour du silence » of the Parsis of India, the memory of the site of Tikal in Guatemala, with its « Tours du Jaguar et du Sacrifice »; « Onibaba » and its horned masks that Japanese killers steal from warriors mired in the traps they have set for them; or again, at the exit of the Hiroshima Peace Memorial, « L’homme qui crie », adorned with that incandescent and burning lava that History is made of.
André Raboud is one of those artists, I said. His stones, true capacitors of energy, contain in their form the totality of an experience or a lived story, from which they extract what is deepest and most precious within them. And as with Paul Klee, and as with René Gruau, the art of understatement, the ease with which he circumscribes the world with a simple arabesque are everywhere present. Thus, the sharp blade of a wave, carved from Indian granite, celebrates the infinite beauty of the sea while stigmatising its terrifying lethal power.
André Raboud is of this ilk, I repeat. And what he shows to dilettantes today, as the matrix of art, are blueprints, blueprints that may or may not become stones. He says it himself: « My inks, traced with a Japanese brush, are in fact preparatory sketches for a future sculptural creation. » Especially, « it is the first time that I am exhibiting them. » Let us then take the trouble to enjoy these drafts which are the prehistory of stone, these fascinating, airy and light drafts which suggest rather than delimit, where, everywhere, the flight of the brush is jubilant, it is a dance move, an arabesque, an initiation into the heart of the astonishing and marvellous simplicity.
I have said.
Speech by Christophe Flubacher, art historian, at the opening of André Raboud’s exhibition, June 13, 2025, at the Galerie Les Dilettantes, Sion, Switzerland.
NOUVEAU
Dialogues – André Raboud, Olivier Maire (2022)
André Raboud et Olivier Maire sont amis depuis vingt ans. Une amitié qui les nourrit, eux et leur travail respectif. André sculpte, Olivier photographie – parfois son ami et ses sculptures, parfois des univers plus intimes.
Pour la première fois, leurs œuvres sont présentées dans une publication. Alors qu’elles se rencontrent et se répondent, le dialogue artistique fait écho à celui des deux hommes autour de leur amitié, de leurs inspirations, de leurs vies, ainsi que de l’impulsion commune à leurs deux arts – la quête des instants de grâce.
Retour aux sources (2019)
Ce livre retrace la vie et l’œuvre d’André Raboud, sculpteur suisse. Conçu sous la forme d’un carnet de voyage, il revient sur son parcours en tant qu’homme et artiste, à l’occasion de son 70e anniversaire.
Au cours de ce retour aux sources, l’artiste dévoile ses inspirations, ses amours, ses amitiés, ses voyages et cette pulsion qui l’a poussé à créer pendant plus de cinquante ans. Jalons de cet itinéraire intime, ses sculptures représentent autant d’autels de pierre pour rendre le sacré à la vie.


